Marzanna

Morana

Szymon Konieczny

Petit à petit, la date associée au début du printemps, celle de l’équinoxe du printemps, s’approche. Outre la valeur symbolique de ce jour, le 21 mars, une tradition très ancienne est toujours présente en Slovaquie, en République Tchèque, en Ukraine et, surtout, en Pologne – celle de brûler et de noyer la Marzanna (Morana en français) !

Mais qui est Marzanna ? Il s’agit de l’un des noms de la déesse slave représentant l’hiver et la mort dont, justement, la mort à la fin de l’hiver était suivie par la renaissance de Jaryło (Yarilo en français) associé au printemps et à la venue de cette nouvelle saison. Par ailleurs, nous vous invitons à regarder attentivement la traduction française du nom de Marzanna, Morana – nous pourrions établir un lien entre la racine de celui-ci, « Mor- » et le mot « mort » en français ! Cependant, Marzanna est aussi le nom que l’on donne à la « poupée » ou au personnage que l’on fabrique à l’effigie de la déesse pour la célébration du 21 mars – visible sur la photo ci-dessous.

 

En général, la Marzanna est fabriquée dans les écoles par les élèves, accompagnés par leurs professeurs. Chaque classe a donc sa propre Marzanna et parfois il y a même de petits concours pour décider laquelle est la plus belle. Mais que fait-on lorsque vient la journée du début du printemps ? 

Les élèves et les professeurs sortent de l’école pour mettre en place le « rituel » - ils vont sur un pont ou près d’une rivière en brandissant fièrement leur effigie de la déesse de l’hiver. Ensuite, les adultes l’allument (voilà pourquoi en général la « poupée » contient de la paille sèche) et, accompagnés par des chants, des cris ou encore des dictons prononcés par les élèves, ils la jettent dans la rivière pour que le courant l’emporte. Ces chants et ces dictons parlent souvent du départ de l’hiver, du fait de le chasser et de donner la bienvenue au printemps et à la chaleur comme par exemple « Żegnaj zimo, witaj wiosno ! » (« Adieu hiver, bienvenue printemps ! ») ou encore « Precz zimo, precz ! Wiosna już jest ! » (« Va-t’en hiver, va-t’en ! Le printemps est déjà là ! »). Nous vous invitons à le voir dans la vidéo ci-dessous !

 
 

Bien que de nos jours la tradition soit surtout associée à une activité faite à l’école, à l’époque païenne il s’agissait d’un événement très important et rempli de divers symboles. En preuve, l’existence de nombreuses superstitions relationnées avec le rituel en lui-même ainsi qu’avec les moments qui l’entourent, par exemple la manière dont Marzanna tombe dans l’eau, le malheur assuré si quelqu’un touche la poupée une fois dans l’eau, la maladie provoquée par le fait de se regarder derrière soi sur la route du retour après le rituel etc… 

Le but originel du rituel de la noyade de Marzanna, effigie de la mort et de l’hiver, était d’assurer une arrivée rapide du printemps, ce qui allait garantir une bonne récolte. Il faut tenir en compte que l’agriculture avait une place primordiale en Pologne, la terre des champs, comme l’indique l’étymologie du nom de la tribu l’habitant – Polanie – où « pol- » fait référence à « pole », champ en français. A différents moments de l’histoire, l’église a essayé d’interdire et de remplacer la tradition, sans succès, non seulement pour son origine païenne, mais aussi à cause de sa proximité avec la fête de Pâques, d’autant plus qu’avant la tradition avait lieu le 4ième dimanche du Carême – ce n’est qu’au XXè siècle qu’on a commencé à la célébrer le premier jour du printemps.